Elements
de discussion sur la nouvelle période
et l'actualité du programme des révolutionnaires
Mis en ligne janvier 2005
La décennie
qui a suivi l'effondrement de l'ex-URSS et des scories du stalinisme, transition
entre le XXième siècle et le XXIième, a dessiné
de nouveaux rapports de force économiques, sociaux et politiques. La
restauration de la propriété privée dans l'ancienne URSS,
la conversion de la social-démocratie au social-libéralisme au
moment où les classes capitalistes s'engageaient à travers la
mondialisation dans une offensive libérale et impérialiste, guerre
sociale et guerre militaire, ont posé comme une question pratique et
concrète la nécessité d'un nouveau parti du monde du travail.
Une nouvelle combativité s'est exprimée dans les grèves,
dans le mouvement du printemps 2003, dans le mouvement altermondialiste, dans
la floraison des forums sociaux ou les manifestations contre la guerre en Irak,
dans les manifestations de la jeunesse contre la menace de l'extrême droite
Cette renaissance se heurte aux limites des idées du passé dominé
par le réformisme, cherche une politique qui lui permette de renouer
avec la lutte de classe, la démocratie, la contestation sociale.
Une nouvelle période s'ouvre, lourde de menaces pour l'avenir de l'humanité
mais aussi grosse de possibilités révolutionnaires.
Réformes, nouvelle économie, nouvel âge, révolution
informatique, révolution de la communication, marché et démocratie,
liberté, les nouvelles croyances au nom desquelles la bourgeoisie financière,
aidée par les États, justifiait son offensive contre les peuples
et la classe des salariés, se révèlent de cyniques impostures.
Jamais les inégalités n'ont été aussi grandes, la
misère aussi présente, l'insécurité, la détresse,
l'inquiétude aussi corrosives. Les phases même de croissance accentuent
injustices et inégalités.
La décennie passée a vu, parallèlement à l'offensive
des classes dominantes, se dessiner l'ébauche de ce futur parti, cette
gauche des luttes, cette gauche révolutionnaire qui était au cur
du mouvement du printemps 2003 comme elle est au cur de toutes les résistances.
Ce qui a été semé, dans les luttes comme dans les batailles
électorales, n'est pas près de disparaître bien que de l'ébauche
à la concrétisation pratique et militante d'un front des révolutionnaires,
il y a bien des difficultés. Si ce basculement politique uvre à
la renaissance d'un mouvement ouvrier authentiquement socialiste et communiste,
c'est-à-dire à l'émergence d'un parti révolutionnaire,
les luttes ne pourront aboutir spontanément à la naissance d'une
nouvelle force politique sans un réel et profond débat sur les
orientations programmatiques.
Quelle compréhension avons-nous de la période qui s'est achevée,
quels enseignements en tirons-nous ? Quelles transformations objectives, sociales
et politiques rendent cette renaissance du mouvement ouvrier possible ? Qu'est-ce
qui fonde la crédibilité de la perspective révolutionnaire
? Quel contenu subversif donner aujourd'hui aux idées du socialisme et
du communisme ?
Au début du siècle dernier, le capitalisme parvenu à son
stade impérialiste avait plongé l'humanité dans la barbarie
de la Première guerre mondiale, aboutissement sanglant des rivalités
entre grandes puissances pour le partage du monde, puis, après la crise
de 29, dans le chômage et la misère, résultats de sa faillite
économique. Dans cette même période, la classe ouvrière
s'affirmait à l'échelle mondiale comme la classe porteuse de l'avenir
de l'humanité face à la décadence bourgeoise.
En 1917, la classe ouvrière russe, bien que minoritaire, s'emparait,
avec le Parti bolchevique, à la tête des masses paysannes, de la
direction d'un pays vaste comme un continent. Dans les premiers mois de la révolution
encore vivante et féconde, la force démocratique et révolutionnaire
de l'État soviétique permettait aux masses d'exercer directement
leur propre pouvoir, leur dictature démocratique contre les exploiteurs.
Puis, elle démontra dans les faits la supériorité du collectivisme
et de la planification sur l'anarchie capitaliste.
Dans le monde entier, se déchaîna contre les classes exploitées
une vague de réaction dont l'ampleur était à la mesure
de la menace que la vague révolutionnaire avait fait peser sur la domination
bourgeoise.
La montée réactionnaire enrôla à son service, bon
gré mal gré, toutes les forces qui ne se rangeaient pas consciemment
dans le camp des travailleurs et de la révolution et plongea le monde,
après avoir accouché du fascisme et du stalinisme, dans une nouvelle
apocalypse de violences, la Deuxième guerre mondiale.
Loin de conquérir repos et stabilité, la bourgeoisie mondiale
dut faire face à une nouvelle vague de soulèvements révolutionnaires,
celle des peuples coloniaux. Elle ne put ni l'endiguer ni la vaincre, malgré
les milliards de dollars et les tonnes de matériels en tout genre engloutis
dans des guerres infâmes.
L'héroïsme des masses et leur solidarité par-delà
les frontières, de même qu'ils avaient sauvé la révolution
russe au lendemain de la Première guerre mondiale, vinrent à bout,
malgré les trahisons et les crimes de la social-démocratie et
du stalinisme, malgré l'impasse de la politique des directions nationalistes
bourgeoises ou petites bourgeoises, de l'acharnement des classes impérialistes
à nier aux peuples le simple droit à une existence nationale indépendante.
Ces décennies ont écrit la faillite de la classe bourgeoise dans
le sang et la souffrance des opprimés qui ont démontré
leur légitimité à prétendre liquider la vieille
classe réactionnaire et parasitaire et leur capacité à
accomplir leur tâche historique.
Certes, les soulèvements révolutionnaires qui ont fait le siècle
passé n'ont pu venir à bout de la domination impérialiste.
Ils ont cependant écrit des pages riches d'enseignements pour les combats
à venir, ils ont aussi transformé la face de la planète.
Malgré l'anarchie, le gaspillage et la barbarie capitalistes, l'humanité
a poursuivi sa marche en avant tant sur le plan des sciences et des techniques
que des possibilités d'unifier les peuples.
Tous ces progrès sont le fruit du travail humain et de sa révolte
contre les entraves que lui imposent la propriété privée
bourgeoise et les États qui la protègent. Les échecs passés
sont des moments dans l'affrontement sans cesse renouvelé, élargi,
approfondi entre le capital et le travail.
Tant que le capital garde le pouvoir de diriger le travail et de s'en approprier
les fruits, c'est entre ses mains que se concentrent tous ces progrès,
soumettant sans cesse de plus larges masses à son exploitation, étendant
sur toute la planète sa domination.
C'est ainsi que le capital financier a réussi à briser les digues
que les travailleurs soviétiques puis les peuples opprimés avaient
dressées pour mettre un frein à son pouvoir, dans le même
temps qu'il s'attaquait aux protections sociales que les salariés des
pays riches avaient pu imposer.
Il a cru triompher dans l'euphorie de la " nouvelle économie ",
de la boulimie financière et boursière. Durant cette nouvelle
phase de développement, l'impérialisme a imposé, sous l'emprise
des États-Unis, un capitalisme de libre concurrence à l'échelle
de toute la planète. Dans cette uvre dévastatrice de la
mondialisation, il se heurte aux intérêts nationaux des différentes
bourgeoisies, crée déséquilibre et instabilité,
conditions d'une nouvelle vague révolutionnaire, tant les travailleurs
et les peuples sont les premiers sacrifiés à la folle course aux
profits qui subjugue les bourgeoisies comme les États.
Cette nouvelle période de développement du capitalisme reproduit-elle,
aggrave-t-elle ses contradictions? En quoi la socialisation croissante de la
production, sa mondialisation se heurtent-elles à la propriété
privée capitaliste et aux États nationaux ? Pourquoi s'accompagnent-elles
de l'aggravation des inégalités, de la concentration croissante
des richesses entre quelques mains ?
En quoi ces évolutions créent-elles les conditions objectives
d'une nouvelle montée révolutionnaire ainsi que les conditions
d'un renouveau du mouvement ouvrier ?
En quoi la mondialisation élargit son caractère international
et lui donne une puissance sans précédent, riche de l'expérience
des combats passés ?
Autant de questions auxquels il nous faut répondre pour tenter d'écrire
la continuité programmatique de notre combat, démontrer la légitimité
de l'hypothèse révolutionnaire.
Le triomphe de l'économie de marché,
une catastrophe pour l'humanité
Jamais,
l'écart entre les possibilités matérielles dont dispose
l'humanité et le dénuement terrible qui en frappe la majeure partie,
n'a été aussi flagrant.
Les progrès extraordinaires réalisés ces dernières
décennies dans les domaines de la science et de la technique, l'augmentation
non moins prodigieuse de la productivité du travail, permettraient sans
peine d'éradiquer de la planète la misère et son cortège
de calamités, famine, épidémies, violence des guerres locales.
C'est à l'évidence de son organisation sociale que l'humanité
est malade, du système capitaliste. La critique qu'en a faite Marx au
XIXe siècle est d'une criante actualité. Des millions d'hommes,
de femmes, de jeunes ou d'enfants en font la cruelle expérience alors
que journaux et télévision en diffusent les statistiques comme
autant d'éléments de compréhension.
La critique du salariat, clé de la critique de la marchandisation
du monde
Tout est marchandise,
dans cette société, produit pour être vendu afin de rapporter
une plus-value, un profit.
Mais si certains peuvent faire des plus-values en dormant, ce n'est pas leur
sommeil qui la produit ni même le vol que permet la propriété
privée ou le monopole.
Cette plus-value est produite par le travail humain. Elle résulte du
rapport d'exploitation qui est la base même de toute la société,
de sa division en classes, le salariat qui transforme la force de travail, selon
les mots de Marx, la capacité de travail musculaire et intellectuel,
en une marchandise.
Contrairement à ce que voudraient faire croire les tenants de la participation
ou de l'actionnariat salarié, le salariat n'est pas un libre contrat
qu'il suffirait de rendre plus juste en donnant aux salariés un titre
de propriété sur une parcelle de leur entreprise et quelques miettes
des fruits de leur propre travail. C'est un rapport social, un rapport de domination
et d'exploitation qui permet au capitaliste de s'approprier légalement
le produit du travail de l'ouvrier dont il a acheté la force de travail
en échange d'un salaire dont la valeur est inférieure à
la valeur qu'il crée.
Le prix de la marchandise force de travail, le salaire, n'a rien à voir
avec le travail et la richesse produits par l'ouvrier, mais correspond, comme
pour toutes les autres marchandises, au coût de sa production et de son
entretien. Le salaire varie en fonction de différents facteurs, en particulier
du niveau de développement économique, mais à l'intérieur
de ce cadre général, c'est le rapport de forces entre les classes
qui le détermine. Plus le salaire est bas, en effet, plus le profit du
capitaliste, qui correspond à la différence entre la valeur des
marchandises que les ouvriers produisent et le salaire qu'ils reçoivent,
est élevé, et inversement.
C'est le vol légal de cette différence, l'appropriation de ce
surtravail non payé, qui est le moteur du système capitaliste,
sa raison d'être, motif de son " insatiabilité ".
La crise permanente, le mode de fonctionnement d'un système failli
La production capitaliste
est nécessairement anarchique et aveugle, puisque, soumise à la
concurrence, elle est destinée à un marché dont il est
impossible de prévoir les limites. La vérification comme quoi
la production trouvera acheteur, correspond à un besoin social solvable,
ne peut se faire qu'après coup. Le mode de régulation de l'économie
de marché, c'est la crise.
Lorsque le marché se révèle saturé, une partie de
la production que les capitalistes, dans leur concurrence les uns avec les autres,
ont tendance à élargir sans cesse, reste invendue, inutilisée.
Les capitaux refluent précipitamment du secteur, la production s'adapte
aux besoins solvables. La loi des marchés est une loi aveugle qui fait
que les hommes sont dominés par leurs propres produits devenus marchandises.
La crise est l'unique moyen de régulation et impose à la production
une marche anarchique et cyclique.
Dans la période qui a suivi la Deuxième guerre mondiale jusqu'à
la fin des années 60, l'impact de ces crises était masqué
par l'expansion générale de l'économie, sa complexité
croissante et l'intervention de l'État. Au point que les propagandistes
de la bourgeoisie et des partis réformistes ont pu accréditer
l'idée que le système capitaliste était devenu capable
de stabilité et de progrès.
L'économie capitaliste connaissait alors une nouvelle phase d'expansion.
Les énormes destructions de la guerre avaient ouvert d'immenses marchés
et les États, en particulier le plus puissant d'entre eux, l'État
américain, avaient financé le redémarrage de la production
et la reconstruction des infrastructures. Ils avaient pris à leur charge,
à travers subventions, prêts et nationalisations, tous les investissements
qui n'intéressaient pas les capitalistes parce que n'étant pas
générateurs de profits immédiats et suffisants. Affaiblies
par la guerre, confrontées à l'existence de l'URSS et à
la vague des soulèvements révolutionnaires des peuples coloniaux,
les différentes bourgeoisies ne pouvaient faire face et sortir de cette
période de crises, de guerres et de révolutions ouverte par la
crise de 29, qu'en s'appuyant sur les États.
Parce que la bourgeoisie, pour augmenter ses profits, concédait à
la classe ouvrière une part augmentant de façon bien moindre que
la richesse produite, les capacités de consommation de la population
n'augmentaient pas dans la même proportion que la production.
À la fin des années 60, les marchés ont commencé
à se saturer et la croissance de l'économie capitaliste s'est
ralentie. L'économie fut entraînée dans une crise, rythmée
par le cycle des récessions, des reprises, des krachs
L'offensive libérale fut la réponse de la bourgeoisie à
sa propre crise.
" L'économie de casino ", ou le parasitisme exacerbé du capital
Le capital est
d'abord et avant tout un rapport social entre les deux classes fondamentales
de la société, la bourgeoisie et la classe des salariés
dont la lutte pour l'appropriation des richesses conditionne l'évolution
économique et sociale.
Confrontée à la tendance à la baisse du taux de profit,
l'oligarchie financière ne peut continuer à maintenir la rentabilité
de ses capitaux qu'en aggravant l'exploitation de la classe ouvrière
ou en drainant des richesses, prélevées sur le dos des autres
classes sociales, bourgeoises ou petites-bourgeoises, par une concentration
accrue des capitaux.
A partir des années 80 la flambée des Bourses jusqu'alors délaissées,
puis le développement de tous les marchés financiers ont visé
à drainer les épargnes, même des plus modestes, pour nourrir
la soif insatiable de profits d'une masse de capitaux sans cesse croissante.
Plus la production se ralentissait, plus l'économie devenait une économie
à crédit. Les capitaux ne peuvent attendre que les marchandises
produites soient vendues pour empocher leurs intérêts, leurs dividendes,
ou leurs surprofits boursiers et spéculatifs. Non seulement il faut toujours
faire plus de profits, mais il faut anticiper ces profits, les réaliser
avant même qu'ils ne se soient réalisés par la vente de
marchandises.
Ainsi s'enfle une bulle financière qui envahit toute la production, avide
de capter la moindre parcelle de travail humain pour le compte des capitalistes
et dévore de l'intérieur les forces vives de la société.
Ces masses énormes de capitaux se déplacent sur les marchés
boursiers et financiers du monde entier, spéculant sur les perspectives
de profit que trusts et sociétés financières peuvent escompter
de tel ou tel secteur industriel ou commercial, tel ou tel pays, " émergent
" ou non, et gonflent par-là même le crédit qui leur
est accordé. Ce crédit est illimité tant que les affaires
marchent mais se tarit au moindre signe de fermeture des débouchés.
Cette masse de crédits, de capitaux, alimente la phase du boom de la
production et des profits, en même temps qu'elle retarde la vérification
par le marché que la production trouvera acheteur.
La crise n'en est alors que plus brutale et dévastatrice. Lorsque les
débouchés manquent, ou au moindre signe qu'ils peuvent se fermer,
les capitaux refluent précipitamment pour aller à la recherche
d'autres sources de profits, laissant derrière eux faillites et ruines,
fermetures d'usines et chômage, et une misère terrible pour les
populations ainsi frappées, comme ce fut le cas dans les pays du Sud-est
asiatique, en 1997-1998 et en Amérique latine.
Puisqu'ils ne peuvent plus augmenter leurs profits en augmentant la masse des
marchandises vendues, ou relativement peu au regard de la masse des capitaux
avides de plus-values nouvelles, les capitalistes réduisent la part qu'ils
concèdent à la classe ouvrière restreignant ainsi les capacités
de consommation.
La concurrence est de plus en plus acharnée, tant sur les marchés
des biens réels que sur les marchés financiers. Elle aboutit à
une lutte permanente pour baisser le coût du travail. Il n'est pas question
pour les financiers de prendre sur les énormes profits accumulés,
leurs gains dans les opérations financières n'étant possibles
que si la production génère toujours plus de profits. C'est pourquoi
l'annonce de licenciements par les dirigeants d'un trust est aussitôt
accompagnée par la hausse du cours de ses actions en Bourse, tandis que
la baisse du chômage, qui met les travailleurs en meilleure position d'obtenir
des salaires un peu plus élevés, provoque le mouvement inverse.
La croissance capitaliste ne peut apporter le bien-être mais, à
l'opposé, elle renforce l'exploitation, étend l'oppression et
se nourrit du recul de la société jusqu'au krach.
La politique des États est toute entière soumise à cet
objectif : nourrir sans cesse les appétits du Moloch boursier qui dévore
les fruits du travail humain.
La " nouvelle économie ", les progrès techniques au service des profits par l'aggravation et l'extension des rapports d'exploitation
Les apôtres
de la " nouvelle économie " assuraient que les dernières
technologies entraînaient la société vers une nouvelle prospérité.
C'est le contraire qui se passe.
La nouvelle révolution technologique, la révolution de l'informatique
et de la communication, n'a pu commencer à grande échelle, alors
que l'essentiel des connaissances qui l'ont rendue possible datent des années
soixante, qu'avec la garantie pour les capitalistes qu'elle ouvrait de nouvelles
sources de profit, leur seule raison d'investir.
Cette reprise des affaires a été interprétée par
ceux qui peinaient hier à faire l'apologie d'un capitalisme à
bout de souffle comme l'avènement d'une " nouvelle économie
", le début d'une expansion sans limite. En réalité,
cette " nouvelle économie " n'était rien d'autre que
les vieux rapports d'exploitation, dopés par les gains liés au
développement de l'informatisation tant dans l'administration, la gestion,
la recherche, que dans la production, la communication et la distribution.
Les nouvelles machines et les gains de productivité qu'elles permettent
servent à justifier les sureffectifs et les licenciements. L'informatisation,
les machines programmables, la gestion des stocks par Internet, offrent la possibilité
de flexibiliser la production, de coller au mieux à la demande. C'est
une arme supplémentaire contre les salariés, auxquels les capitalistes
ont imposé annualisation et flexibilité, ici, en France, notamment
par l'application de la loi dite des 35 heures, dont le volet réduction
du temps de travail est aujourd'hui remis en cause, et surtout par l'emploi
massif des contrats précaires.
La technologie n'y est pour rien. Au contraire, c'est elle qui permet d'envisager
une création massive de richesses pour satisfaire enfin tous les besoins
de l'humanité.
Dans le cadre de l'exploitation capitaliste, le progrès technique a pour
conséquence immédiate de jeter des milliers de travailleurs au
chômage tandis que les autres voient s'aggraver leurs conditions de travail.
Est apparue ainsi une nouvelle catégorie, les " travailleurs pauvres
" - des travailleuses surtout, car les femmes représentent 80 %
de ceux à qui sont imposés des contrats à temps partiels
(Alternatives économiques). En France, 2,2 millions de salariés
sont au SMIC, 1,2 million sous le seuil de pauvreté (581 €).
La nouvelle révolution technologique, alors même qu'elle pourrait
être un instrument formidable pour l'organisation rationnelle de l'économie,
sa planification démocratique en fonction des besoins humains, pour une
diffusion sans précédent de la culture et la participation de
tous aux décisions économiques et politiques, est utilisée
par les capitalistes dans le seul but de créer de nouveaux marchés
et de gonfler les profits par l'augmentation de la productivité du travail
et de la plus-value relative. Ainsi inféodé à cette loi
du profit, le progrès technique aggrave les rapports d'exploitation et
leur soumet un nombre toujours plus grand d'êtres humains.
Mondialisation de la concurrence entre les salariés
La baisse des coûts
de transports, la rapidité des communications, comme l'ouverture forcée
des frontières, permettent au capital de mettre en concurrence les salariés
de l'ensemble de la planète.
Les délocalisations se multiplient : textile d'abord, puis automobile,
électronique, informatique, tous les secteurs sont touchés. Le
patronat déplace les usines vers les pays " à bas coût
de main d'uvre " pour relever les taux de profits. En 1993, une étude
de la Direction de la recherche économique a montré que le salaire
horaire moyen français était de 8,38 euros. Ce même salaire
est de 2,29 euros en Tunisie, de 1,67 euros en Hongrie, de 1,37 euros en Chine,
et descend jusqu'à 0,23 euros au Viêt-nam et 0,18 euros à
Madagascar (46 fois moins).
Cette politique des groupes industriels se combine avec le développement
des zones franches, recensées dans environ soixante-dix pays, "
maquiladoras " en Amérique du Sud, " zone économique
spéciale " en Chine etc. imposées par la pression des multinationales
et des États riches aux pays pauvres. Dans ces zones, les capitalistes
voudraient faire régner l'absence de droit du travail et les conditions
d'exploitation les plus dures.
Les bourgeoisies ont renforcé cette concurrence internationale entre
les salariés sous la férule de la concurrence qui les oppose entre
elles. Cette concurrence mondialisée sape les bases du compromis social
qui assurait la relative stabilité des grandes puissances. Les surprofits
tirés de l'exploitation des pays pauvres ne permettent plus comme au
temps des " trente glorieuses " d'entretenir dans les pays riches
une " aristocratie ouvrière ", pour reprendre l'expression
de Lénine, même si le niveau de vie des travailleurs des pays riches
reste bien supérieur encore à celui des pays pauvres. La crise
du capitalisme sape les bases économiques du réformisme.
En imposant la libre circulation du capital, le capitalisme mondialisé
développe l'internationalisation de la production, du commerce et de
la finance, mais en même temps, il affaiblit la puissance de son "
bras armé ", les États nationaux, contraints de maintenir
un ordre social de plus en plus brutal, avec de moins en moins de moyens.
En accentuant la concurrence entre les salariés de la planète,
il développe aussi la classe qui le renversera. La classe ouvrière
est devenue réellement mondiale aujourd'hui. Sur une population active
mondiale de 2,5 milliards de femmes et hommes en 1990, 1,3 milliard sont des
salariés de l'industrie et des services, dont 186 millions de chômeurs
cherchant un emploi et 550 millions de travailleurs pauvres gagnant 1 $ ou moins
par jour (données BIT, 2003).
La concurrence entre salariés anglais et français, au XIXe siècle,
avait provoqué les prises de contact et la conscience d'appartenir à
une même classe, débouchant sur la naissance de l'Association Internationale
des Travailleurs. Aujourd'hui, l'offensive mondiale de la finance contre les
travailleurs provoque en réaction un renouveau des luttes. Au cours de
ces dernières années, à plusieurs reprises, les jeunes
classes ouvrières des " nouveaux pays industrialisés "
ont pris le chemin de la lutte de classes pour leurs conditions de travail et
leurs salaires. Au point qu'une partie des industriels ont poursuivi leur logique
de délocalisation, quittant par exemple la Corée pour s'installer
aux Philippines ou au Viêt-nam.
La remise en cause du compromis social dans les pays riches, les attaques qui
touchent l'ensemble des salariés de la planète, uvrent à
la naissance d'une conscience mondialisée d'appartenir à une seule
et unique classe ouvrière internationale.
La concentration des richesses provoque une paupérisation croissante
La concurrence
qui élimine impitoyablement les plus faibles des entreprises capitalistes,
voire des trusts eux-mêmes, a accéléré prodigieusement
le mouvement de concentration des capitaux, provoquant la fièvre des
fusions et acquisitions, par lesquelles les trusts cherchent à se donner
une force de frappe accrue.
À la faveur de la crise, la richesse s'est concentrée entre les
mains d'une minorité toujours plus infime de la population. Le monde,
aujourd'hui, est dirigé par moins de 300 trusts, derrière les
sigles anonymes desquels se cachent les titulaires des grosses fortunes, une
oligarchie richissime et parasitaire, qui ne joue plus aucun rôle dans
la production ou la distribution, ni même dans l'organisation de celles-ci.
En France, 1 % des ménages les plus riches possèdent 21 % du patrimoine
total du pays, d'après l'INSEE. 800 familles possèdent plus de
15 millions d'euros de patrimoines. La première, Mme Bettencourt, dépasse
les 15 milliards.
Cette concentration de la richesse se fait au prix d'une paupérisation
accélérée de la population du monde entier. Pendant la
période d'expansion, la paupérisation de la population n'était
que relative : le niveau de vie augmentait, mais il le faisait dans des proportions
moindres que l'augmentation des richesses produites.
Aujourd'hui, la paupérisation s'aggrave, et pour une immense majorité
de la population, les conditions de vie se dégradent. Même dans
les pays les plus riches, le chômage exclut de toute vie sociale une fraction
de la classe ouvrière, avec en France, 4,2 millions de personnes vivant
sous le seuil de pauvreté.
Dans les pays impérialistes, la dégradation des conditions d'existence
touche maintenant non seulement la classe ouvrière, mais également
des couches toujours plus larges de la petite bourgeoisie, artisans, commerçants
ou paysans, et surtout, la couche supérieure de la classe ouvrière
dont la promotion sociale avait assuré une certaine stabilité
à la domination de la bourgeoisie.
Reprise sans emploi, la croissance destructrice
A la fin des années
90, au terme d'une offensive engagée 20 ans auparavant, les profits dégagés
sur les marchés financiers, comme les économies liées aux
fusions d'entreprises et à leurs cortèges de licenciements, ont
contribué à mettre à la disposition des multinationales
une masse considérable de capitaux dont une partie est investie aujourd'hui
dans la production (les investissements ont progressé de près
de 8 % par an en 1998 et en 1999, d'après l'INSEE).
Pour répondre à la demande de consommation des classes moyennes,
toute une partie de l'industrie s'était remise en marche, nouveaux marchés
comme les téléphones portables, mais aussi " ancienne économie
", automobile, ou les chantiers navals de Saint-Nazaire par exemple dont
le planning de construction de paquebots de luxe s'était bien rempli.
Pour faire face à la demande, les embauches avaient repris (465 000 emplois
créés en 1999) et le taux de chômage officiel diminuait.
Mais cette croissance ne faisait que préparer la crise suivante. La consommation
? Elle se faisait à crédit et sur la base des retombées
de la Bourse. L'emploi ? Précarité, CDD, intérim, bas salaires
des jeunes embauchés. Reposant sur l'appauvrissement des travailleurs,
les créations d'emplois n'entraînaient pas un développement
significatif de la consommation de masse. Le prétendu cercle vertueux
" consommation - création d'emploi " patinait et n'avait pas
la force de résoudre les problèmes de la période précédente.
Le redémarrage de la production allait se trouver confronté très
vite aux limites d'un marché qui ne se développait pas suffisamment.
La croissance de la fin des années 90, c'était la croissance combinée
de la misère et des profits qui renforce l'exploitation et les inégalités,
détruit des millions d'emplois d'un côté pour en créer
quelques centaines de milliers d'un autre.
Incapable d'améliorer le niveau de vie des millions de pauvres que le
capitalisme a créés, elle se nourrissait du recul de la société
et ne pouvait déboucher que sur une crise généralisée.
Cette crise a éclaté début janvier 2001 dans les secteurs
de l'électronique. Elle s'est répercutée à tous
les secteurs de l'économie. Le miracle de la " nouvelle économie
" n'a pas résisté à l'anarchie du marché capitaliste.
C'est au prix de milliers de licenciements, d'une nouvelle et vaste offensive
contre les acquis des salariés sur le terrain même de la production
que s'opère une reprise qui est avant tout une reprise des profits, une
reprise sans création d'emploi ou si peu, une reprise qui nourrit les
conditions d'une crise plus globalisée, encore, plus mondialisée,
plus profonde.
La
" mondialisation ", un nouvel âge du capitalisme, le libéralisme
impérialiste
Au
lendemain de la chute du mur de Berlin, les trusts impérialistes et leurs
États triomphaient -victoire de la " liberté " et de
la " démocratie ", prétendaient-ils. La désintégration
de l'URSS ouvrait la voie au rétablissement de leur mainmise sur les
États des pays pauvres qui avaient pu un tant soit peu y échapper
jusque là. Dans ce " nouvel ordre mondial ", sous hégémonie
américaine, le développement des multinationales, dans un marché
mondial soumis à la seule libre concurrence, devait apporter partout
la prospérité, en générant sans fin de nouveaux
profits, et la démocratie, en assurant les opérations de maintien
de l'ordre contre les peuples sous couvert de l'ONU.
La signification réelle de cette politique, étendre l'hégémonie
mondiale des États-Unis à travers une offensive militaire globale
contre les peuples, s'est affirmée dans la première guerre contre
l'Irak puis dans celle contre l'ex-Yougoslavie. La guerre moderne engageant
d'énormes moyens techniques et humains a remplacé la vieille politique
de la canonnière des débuts de l'impérialisme pour ouvrir
les marchés aux capitaux avides d'exploitation et de pillage.
Ce " nouvel ordre " impérialiste, c'est le règne sans
partage des groupes financiers, libérés de tous les freins qui
avaient pu limiter leur rapacité. La domination des firmes multinationales
a atteint une échelle bien plus grande qu'à l'époque où
Lénine caractérisait l'impérialisme. Leur développement
a combiné des traits de l'impérialisme, la lutte pour le partage
du monde entre les grandes puissances du capital financier, à un renouveau
de la libre concurrence à l'échelle mondiale.
Le capitalisme sénile combine ses traits de jeunesse, la libre concurrence,
avec ceux de la vieillesse, la folie destructrice de la violence impérialiste
pour soumettre les peuples.
Libre
concurrence et lutte pour les fruits du pillage du monde
"
Les monopoles, notait Lénine, n'éliminent pas la libre concurrence
dont ils sont issus ; ils existent au-dessus et à côté d'elle,
engendrant ainsi des contradictions, des frictions, des conflits particulièrement
aigus et violents. Le monopole est le passage du capitalisme à un régime
supérieur ". L'échec momentané de luttes d'émancipation
a laissé libre un nouvel espace pour une nouvelle phase de développement
des monopoles et de la concurrence qui a abouti à la constitution des
multinationales rivalisant à l'échelle mondiale pour s'approprier
les richesses et les marchés.
C'est cette combinaison entre multinationales et libre concurrence mondialisée
qui définit le nouveau stade du capitalisme.
Elle aboutit à la mainmise sur l'économie mondiale des multinationales,
à l'émergence d'un capital financier de plus en plus dégagé,
élevé au-dessus de la production qu'il parasite, à la généralisation
d'une économie de spéculation et d'endettement, à une recrudescence
de la concurrence pour un nouveau partage du monde entre les multinationales
et leurs États, à une industrialisation des ex-pays coloniaux
ou semi-coloniaux entièrement soumise aux besoins de ces derniers.
Les révolutions anti-coloniales n'ont pas permis une réelle libération
des peuples car les économies des anciennes colonies ne pouvaient se
développer de façon indépendante sur un marché mondial
entièrement sous la coupe des trusts impérialistes. Les populations
des pays pauvres n'ont pu échapper à l'exploitation et au pillage
de leurs richesses, ni même à des régimes de dictatures
le plus souvent étroitement liés aux anciennes puissances coloniales.
Cette mainmise s'est encore accrue dans la dernière décennie.
À la faveur du recul politique général des classes ouvrières
et des peuples, l'impérialisme s'est libéré des obstacles
qui constituaient un frein à sa domination. De là, la " mondialisation
", comme le disent les économistes, une sorte de capitalisme de
libre concurrence à l'échelle de la planète ne connaissant
aucune frontière ni aucune limite à l'exploitation des travailleurs
et des peuples. Tout ce que la pression du monde du travail et des peuples avait
imposé comme concessions à la bourgeoisie dans la période
précédente a été systématiquement remis en
cause : règlements financiers, droits de douane, service public, couverture
sociale, droit du travail, conventions collectives
L'ensemble de la planète est devenu le terrain d'une terrible concurrence
pour l'appropriation des fruits de ce pillage par les groupes financiers et
les multinationales.
Le
capital financier, " l'exubérance irrationnelle ", parasitisme
et prédation
Ce
capital financier spéculatif, foncièrement parasitaire, n'est
porteur d'aucun développement réel et soumet les économies
à une instabilité dévastatrice pour les plus fragiles et
les plus dépendantes d'entre elles.
Il n'y a plus d'empires coloniaux, mais le pillage des peuples continue pour
les plus grands profits des groupes financiers de quelques pays riches et avec
la complicité des classes dirigeantes du tiers-monde. Le colonialisme
a fait place à un néocolonialisme financier, au pillage par la
dette.
L'écart entre les revenus des pays pauvres et des pays riches n'a cessé
de se creuser : de 1 à 38 en 1960, il est passé, selon la Banque
mondiale, de 1 à 52 en 1985 et de 1 à 78 en 1994. Le parasitisme
du néocolonialisme financier s'exprime par l'endettement généralisé
qui règne aujourd'hui. Si les médias stigmatisent souvent la dette
des pays pauvres, ils taisent celle des pays impérialistes, sans commune
mesure, à commencer par le premier d'entre eux, les États-Unis.
La dette totale et cumulée des ménages, des entreprises et de
l'État y est passée de 4 000 milliards de dollars en 1980 à
31 000 milliards en 2002 (source Wall Street Journal). Elle équivaut
à 295 % du PIB annuel. Le déficit commercial a atteint le chiffre
record de 484 milliards de dollars en 2003. 1,5 milliards rentreraient quotidiennement
aux USA pour faire tourner la machine, aspirant véritablement les capitaux
du reste du monde, Japon et Europe, mais aussi des nouveaux pays industrialisés
et des pays pauvres. La bourgeoisie états-unienne exporte le déficit
de son économie, le fait financer par les banques et les États
du monde, qui n'ont pas le choix que de jouer le jeu, pour éviter qu'une
trop grande crise des USA ne les frappe en retour.
Au début du XXe siècle, Lénine soulignait comme caractéristique
de l'impérialisme " l'exportation des capitaux, [
] à
la différence de l'exportation des marchandises à l'époque
du capitalisme non monopoliste ", ce qui permettait aux capitaux impérialistes
de tirer une plus-value du travail dans les pays pauvres, et plus seulement
un bénéfice commercial. Un siècle après, le pillage
s'est aggravé. Au parasitisme commercial, à l'exploitation du
travail, s'est ajoutée la razzia de la rente financière. L'exportation
des capitaux des pays impérialistes vers les pays dominés a fait
place au mouvement inverse, l'importation de capitaux en faveur des USA.
Le développement de bourgeoisies compradores dans les États dominés
permet à l'impérialisme de sous-traiter les frais, de leur laisser
le soin de faire régner l'exploitation, de prélever sa rente grâce
à ses propres investissements pour en retour, bénéficier
des investissements de ces bourgeoisies compradores en mal d'investissements
sûrs et rentables.
Cette rente financière alimente en retour l'exportation des capitaux
impérialistes, les " investissements directs à l'étranger
". Avec la crise de ces dernières années, ceux-ci ont certes
baissé, passant de 1 200 milliards de dollars en 2000 (année record)
pour les 30 pays de l'OCDE (pays les plus riches et leurs satellites), à
576 milliards en 2003. Mais ces IDE restent le vecteur de l'exploitation des
richesses des pays dominés, en partie financée par eux-mêmes.
Dans cette généralisation de l'économie à crédit,
seul le rapport de forces, économique, politique et, de plus en plus,
militaire, permet aux pays impérialistes de vivre en drainant les finances
des plus pauvres. Le libéralisme se combine avec le militarisme.
2001-2003,
le basculement du monde
Les
attentats du 11 septembre 2001 à New York ont marqué un tournant
dans le développement de la mondialisation. Ces attentats ont été
la conséquence directe de la politique de l'impérialisme américain
dans le monde. En effet, pour faire face à la disparition de l'URSS,
les États-Unis ont dû trouver de nouveaux alliés susceptibles
d'assurer le maintien de l'ordre contre les peuples. Ben Laden, tout comme le
régime des Talibans, comme bien d'autres régimes dictatoriaux,
sont directement les créatures des manuvres diplomatiques et militaires
des États-Unis, d'abord pour contrer l'influence de l'URSS puis pour
combler le vide laissé par son effondrement.
Mais depuis, ces attentats servent à justifier une accélération
sans précédent de la politique militariste de redéploiement
des États-Unis à travers le monde.
Dès le lendemain des attentats, le secrétaire d'État, Collin
Powell annonçait que la riposte allait être " large, politique,
économique, diplomatique, militaire, [
] non conventionnelle ".
Il annonçait le nouveau " concept de guerre préventive "
contre tout État considéré comme une menace, c'est-à-dire
la guerre permanente contre les peuples.
Ces attentats sont le révélateur d'un retournement de conjoncture
bien plus profond. Pendant toute la décennie 90, les défenseurs
du libéralisme soutenaient que la mondialisation allait créer
un cadre idyllique où la domination des multinationales ouvrait une période
de paix et de prospérité pour toute la planète. La mise
en place d'un marché mondial libéré de toutes entraves
devait permettre de résoudre tous les conflits, de faire disparaître
toutes les zones de tensions comme au Proche Orient. Au nom de la paix et de
la démocratie, il s'agissait de mettre en place des zones de libre échange
en Amérique, en Asie, au Proche Orient. Derrière les discours,
les États-Unis, forts de leur suprématie économique et
politique, redessinaient le monde en fonction de leurs intérêts
par la seule force du dollar et des lois du marché. Mais cette période
n'a débouché que sur une crise généralisée
: crise économique avec l'effondrement de la " nouvelle économie
" des années 2001 2002 et explosion des nouvelles tensions accumulées
entre les classes et les nations le 11 septembre 2001.
Depuis, sous couvert de lutte contre le terrorisme, les États-Unis ont
entrepris une gigantesque offensive militaire, un redéploiement de leurs
forces à l'échelle mondiale pour gagner de nouvelles positions,
s'assurer de nouvelles alliances plus solides, asseoir leur domination sur tous
les points du globe. C'est dans le cadre de ce redéploiement que l'impérialisme
américain est intervenu militairement en Afghanistan puis en Irak. Derrière
les discours religieux d'une croisade contre " le mal ", c'est le
besoin d'ouvrir de nouveaux marchés, de s'assurer le contrôle des
sources d'approvisionnement en pétrole, d'organiser le monde en fonction
des appétits du capital financier.
Aujourd'hui, après la réélection de Bush, la croisade contre
le terrorisme devient la croisade de la liberté. Le messianisme de la
démocratie et de la liberté voudrait masquer la montée
du militarisme, de l'oppression et de la misère. Il travaille en fait
à révéler le mensonge mondialisé qui sert à
justifier la domination de la bourgeoisie financière mondiale, contribue
à unifier les peuples, à faire naître une authentique aspiration
à la démocratie et à la liberté.
Il sème lui-même les germes de la révolte.
Concurrence
interimpérialiste et Guerres sans limites ", la civilisation menacée
En
réponse à ceux qui opposent à l'hégémonie
américaine l'idée d'un monde équilibré, multipolaire,
Zbigniev Brzezinski, ancien conseiller du président Carter, déclarait
: " Un monde multipolaire, c'est le nom de code de l'affrontement politique
pour l'influence ".
En effet, la mondialisation est le cadre d'une " guerre globale "
pour maintenir l'hégémonie économique et politique américaine
qui est contestée par ses rivaux impérialistes comme par les peuples
qui subissent son pillage. Jamais un État n'est apparu aussi puissant
que les États-Unis, mais cette puissance pourrait bien constituer leur
faiblesse, car elle concentre sur elle toutes les rivalités, toutes les
révoltes.
Aucune région du monde n'échappe aujourd'hui aux rapports capitalistes.
L'espace de développement capitaliste est clos, accroissant l'âpreté
de la concurrence entre vieilles puissances mais aussi entre elles et les peuples
qui ont conquis leur indépendance.
La politique de chaque État n'a d'autre but que de façonner le
monde en fonction des besoins de ses multinationales pour leur permettre de
s'accaparer toujours plus de richesses. Pour cela, tous les moyens sont bons
: des investissements financiers pour mettre sous dépendance des économies
entières, les plans d'ajustement du FMI pour les ouvrir aux razzias des
spéculateurs
Mais ce pillage, dans lequel multinationales et États
sont en concurrence, ne peut aujourd'hui se mener sans un renforcement du militarisme.
La conquête militaire est devenue le complément indispensable de
la liberté de pillage financier contre les peuples à l'époque
du libéralisme impérialiste.
Dans l'arène créée par la mondialisation, les États-Unis
ont assuré leur hégémonie mais l'ensemble de leurs alliés
impérialistes la contestent et négocient leur soutien. Le monde
est en train de se restructurer autour de nouvelles zones d'influences. Chacun
rediscute sa place dans le nouvel ordre mondial. Comme l'ont montré les
manuvres diplomatiques autour de la guerre en Irak, les puissances européennes,
la Chine, la Russie voire des puissances de moindre envergure cherchent à
intervenir dans ce remodelage des rapports internationaux pour élargir
leur propre zone d'influence, aggravant instabilité et tensions.
*
* *
Les
contradictions qui naissent de cette situation nouvelle sont lourdes de menaces
pour le monde. Le monde est peut-être en train de plonger dans un état
de guerre endémique dont rien n'exclut qu'il puisse se transformer en
conflits régionaux voire en une menace de nouvelle guerre mondiale.
Dans le même temps, la domination de la superpuissance américaine
est contestée, les anciens pays coloniaux connaissent un développement
économique réel quoique anarchique et aux prix de souffrances
terribles, de ces bouleversements monte une exigence de paix et de démocratie.
A l'arrogance impérialiste symbolisée par Bush s'opposent les
aspirations des travailleurs et des peuples, des opprimés et des pauvres.
L'impérialisme
français entraîné dans la mondialisation,
du pré carré africain à la fuite en avant de la construction
européenne
Depuis
la crise des années 70-80 puis à travers l'offensive libérale
et impérialiste qui a suivi l'effondrement de l'ex-URSS, l'ensemble des
relations internationales a été bouleversé. De nouvelles
zones d'influences se constituent, l'hégémonie américaine
s'impose, révélant à quel point l'impérialisme français
n'est plus qu'un impérialisme de seconde zone, accroché aux chasses
gardées de son ancien Empire colonial.
Il essaie cependant de maintenir son influence sur ses anciennes colonies pour
continuer à y défendre les intérêts de ses multinationales.
La mascarade qui a ensanglanté la Côte d'ivoire en est la sinistre
illustration Mais cette influence est laminée par la concurrence, notamment
américaine, à l'heure où la mondialisation ouvre tous les
marchés, sapant les bases des vieilles relations de domination.
Pour aider ses trusts à résister à une concurrence exacerbée,
l'État français, comme les autres bourgeoisies européennes,
n'a d'autre politique possible que de s'engager dans la construction européenne.
Avec ses partenaires, il lui faut essayer de donner un semblant de cohérence
politique à ce qui n'est qu'un accord commercial entre brigands impérialistes,
une zone de libre échange pour le seul profit des multinationales.
Dans quelle mesure la construction de l'Europe affaiblit-elle les Etats nationaux
? Dans quelle mesure en s'imposant à tous les partis gouvernementaux
crée-t-elle les conditions d'une crise politique chronique ? Renforce-t-elle
les possibilités de luttes des salariés ? Crée-t-elle les
conditions objectives d'un renouveau d'une conscience internationaliste et,
plus généralement, de la construction d'une nouvelle fédération
d'Etats, les Etats Unis socialistes d'Europe ?
La
France, impérialisme de seconde zone
L'impérialisme
français avait pourtant préparé l'indépendance de
ses colonies africaines pour y garder une mainmise sur leurs politiques économiques
et les soumettre aux intérêts des trusts français comme
Total.
De fait, la division internationale du travail, si elle a été
modifiée ces dernières décennies, est restée cependant,
comme au temps des colonies, soumise aux besoins des puissances impérialistes,
tout particulièrement en Afrique. Les pays africains continuent à
exporter vers la France, pour l'essentiel, des matières premières.
Ce commerce international est la base d'un échange inégal qui
accentue le pillage des anciennes colonies au profit des multinationales françaises.
Ainsi l'agriculture et l'artisanat africain sont ruinés par les produits
agricoles et industriels subventionnés par l'Etat français et
les pays africains doivent s'endetter toujours plus pour importer ceux utiles
à leur alimentation. De même les trusts français s'accaparent
les matières premières (pétrole, bois, uranium, manganèse,
diamants, et autres minerais
) à des prix défiant toute concurrence.
En usant de la pression de la dette, le FMI, l'huissier des banques occidentales,
a imposé à la plupart des pays pauvres africains des plans draconiens
" d'ajustement structurel ". Ces réformes libérales
les ont obligés à vendre leurs industries et services publics
aux multinationales françaises, à organiser toute leur production
pour l'exportation au détriment des besoins locaux, à pressurer
encore leur population. Ainsi les trusts français contrôlent des
pans entiers de l'économie des pays africains comme l'eau, l'électricité,
les mines.
Pour imposer ce pillage contre les peuples africains, des accords de "
coopération militaire " permettent à l'armée française
voire à des mercenaires d'intervenir régulièrement pour
maintenir au pouvoir des dictateurs " amis de la France ". L'armée
française forme, arme et entraîne les gardes présidentielles
de nombreux dictateurs, seules armées vraiment organisées et efficaces
dont le seul rôle est de maintenir l'ordre, museler les populations, faire
taire les opposants. C'est l'État français qui a armé la
main des tueurs il y a dix ans au Rwanda, il porte une très lourde responsabilité
dans le massacre de centaines de milliers de personnes qui a eu lieu dans ce
pays.
Ainsi, la France s'accroche à son dernier pré carré mais
la fin des empires coloniaux comme la mondialisation ont ouvert des brèches
dans ce monopole des métropoles européennes sur leurs anciennes
colonies. La concurrence s'accentue avec les États-Unis et leurs multinationales
pour le contrôle de ces régions riches en matières premières.
Dans cette concurrence entre multinationales et États pour le contrôle
du marché mondial, c'est l'évolution même du rapport de
force entre les différentes puissances qui se discute, posant le problème
de la construction de l'Europe, des rapports entre cette Europe et les États-Unis,
comme de la concurrence entre le Japon et la Chine pour la domination de l'Asie.
L'Europe
des capitalistes, une entente contre les peuples, minée par une contradiction
fondamentale
L'internationalisation
de l'économie a développé de façon extraordinaire
les bases pour une économie organisée de façon rationnelle
et consciente à l'échelle mondiale, la coopération du travail
humain à une échelle gigantesque, mais celle-ci se heurte aux
intérêts privés et à leur traduction sur le plan
international, les frontières, les États nationaux, autant d'armes
que les bourgeoisies impérialistes utilisent pour la défense de
leurs intérêts particuliers.
C'est en Europe que cette contradiction est aujourd'hui la plus aiguë et
la plus explosive.
Dans le cadre de l'ouverture des frontières à l'échelle
internationale impulsée par les trusts américains et leur État,
s'est accélérée depuis le milieu des années 80 la
constitution d'un marché unique européen, prélude à
une unification économique de l'Europe.
L'accentuation de la concurrence, parallèlement à la libéralisation
du mouvement des capitaux, a poussé les États européens
à s'engager dans cette fuite en avant qu'a été la création
de l'euro. L'existence d'une monnaie unique a l'avantage de limiter les possibilités
d'attaques spéculatives et de rendre plus fiables les transactions commerciales
en empêchant les fluctuations monétaires.
Elle facilite également le mouvement de restructuration et de concentration
du capital en Europe. Les trusts des pays d'Europe ont besoin d'une force de
frappe équivalente à celle des trusts américains pour rivaliser
avec eux sur le marché mondial, ils ont besoin d'atteindre une taille
continentale.
Mais, les ambitions d'un impérialisme européen naissant se heurtent
aux prétentions de chacun des Etats, à leurs rivalités,
à l'absence d'un État qui puisse constituer pour les groupes financiers
un instrument comparable à ce que l'État américain représente
pour les trusts américains dans la concurrence mondiale : une arme contre
les travailleurs et les peuples.
Cette contradiction s'exprime dans le paradoxe de l'euro. Les déficits
américains renforcent la monnaie européenne, jouet des marchés
et des spéculations, au détriment même de la compétitivité
des trusts sur le marché mondial alors que la faiblesse du dollar bénéficie
à l'économie américaine.
C'est pourquoi les dirigeants impérialistes européens s'efforcent,
depuis la mise en place de l'euro, et surtout la guerre en ex-Yougoslavie qui
a révélé leur impuissance relative face à l'impérialisme
américain, de mettre sur pied des organes d'un pouvoir politique européen.
Jusqu'à présent, la seule institution dotée d'un pouvoir
réel était la Banque centrale européenne au profit de laquelle
les États nationaux se sont départis de leurs prérogatives
monétaires. Pour le reste, si la politique de tous les gouvernements
est concertée à l'échelle européenne, elle reste
du ressort, quant à son application, des États nationaux. Elle
se heurte, malgré une même volonté des gouvernements de
mener l'offensive libérale exigée par l'oligarchie financière,
à la résistance du monde du travail dans chaque pays.
Souhaitées en particulier par la France et l'Allemagne, les coopérations
renforcées, instituées par le Traité de Nice, en 2001,
permettent au noyau des pays les plus puissants d'exécuter des décisions
communes comme la mise sur pied d'un corps d'armée européen, susceptible
d'être le bras armé de leurs ambitions impérialistes, ou
l'adoption de mesures économiques et sociales battant en brèche
les législations sociales en place dans chaque pays et accélérant
la privatisation de la protection sociale.
Les bourgeoisies européennes sont incapables de résoudre le problème
de l'unification politique de l'Europe de façon harmonieuse, pacifique
et démocratique. À la différence de la bourgeoisie américaine
dont l'État s'est construit en même temps que son économie
se développait à l'échelle d'un continent, les bourgeoisies
européennes héritent d'États nationaux, produits de leur
passé de puissances concurrentes. Si leurs rivalités se sont fortement
atténuées, par la force de l'hégémonie américaine,
elles n'en demeurent pas moins, donnant à la construction européenne
cette allure chaotique, déterminée avant tout par des rapports
de force.
La
constitution européenne, manifeste pour une Europe empire
La
constitution européenne que les gouvernements des 25 États membres
ont adoptée juste après les élections européennes
de 2004 est marquée par ces contradictions.
Si tous les États européens, quel que soit leur gouvernement,
sont d'accord pour faire de l'Europe un instrument dans leur rivalité
avec les États-Unis et un levier de la mondialisation impérialiste
contre le monde du travail et les peuples, chacun défend avant tout les
intérêts de ses groupes industriels et financiers nationaux. C'est
pour cela que cette Constitution est profondément antidémocratique
sur le fond comme sur la forme.
Elle n'a d'autre but que de créer le cadre constitutionnel pour la politique
libérale contre le monde du travail à l'échelle de tout
le continent. Il s'agit de faire de l'Europe " un marché unique
où la concurrence est libre et non faussée ". Elle érige
en principe fondamentaux tous les poncifs libéraux comme la " libre
circulation des biens, des services et des capitaux ", ce qui signifie
la remise en cause des services publics à travers leur mise en concurrence
puis leur privatisation. Elle prône une " économie sociale
de marché hautement compétitive ", en clair la remise en
cause des droits sociaux fondamentaux, de la législation du travail,
des retraites, de la sécurité sociale, des indemnités chômage.
Leur projet est de faire une " Europe puissance " instrument de la
guerre économique que se livrent les multinationales américaines
et européennes contre les peuples. Leur Europe c'est une Europe forteresse,
fermée à ses frontières, remettant en cause les droits
démocratiques fondamentaux par l'effet de mesures policières et
sécuritaires prises au nom de la lutte contre le terrorisme.
Avec leur Constitution les gouvernements qu'ils soient libéraux ou sociaux-libéraux
voudraient donner un habillage institutionnel à une Europe des multinationales
pour la légitimer aux yeux des populations. Cette constitution cherche
à faire accepter, comme si elles découlaient de principes universels
et naturels, les conséquences de la dégradation du rapport de
forces entre la bourgeoisie et le monde du travail depuis 20 ans.
Mais le but de cette constitution, produit d'innombrables marchandages entre
États, c'est aussi d'assurer, en fonction du rapport de forces, la domination
de la poignée d'États les plus puissants, essentiellement la France
et l'Allemagne, sur les autres.
C'est pour cela que les révolutionnaires ne peuvent qu'être opposés
à cette Constitution antidémocratique quelle que soit la façon
dont chaque État l'entérine, par un référendum ou
par un vote dans les Parlements nationaux.
Pour que les populations puissent réellement décider de la forme
politique et institutionnelle de l'Europe, c'est une Assemblée constituante
qu'elles devraient pouvoir élire au suffrage universel et proportionnel.
La
politique des États n'évitera pas une crise, au contraire elle
la prépare
L'oligarchie
financière qui aurait intérêt à un État supranational
est incapable de gagner l'adhésion de larges fractions des populations.
Le mouvement de restructuration du capital s'accompagne de dizaines de milliers
de licenciements, de la concentration des moyens de production et des infrastructures
dans quelques régions jugées rentables au prix de la désertification
et de la ruine d'un grand nombre d'autres. Les gouvernements européens
s'emploient à détruire tous les droits des travailleurs, afin
d'abaisser le coût du travail, et à réduire toutes les dépenses
publiques pour les assujettir aux seuls besoins des trusts.
Une Banque centrale européenne, fondé de pouvoir de l'oligarchie
financière qui dicte leur politique libérale aux gouvernements,
un corps d'armée capable d'intervenir contre les peuples, tel est le
visage que prend aujourd'hui la construction de l'Europe, économique
et politique.
La guerre de terreur menée contre les peuples de l'ex-Yougoslavie par
les puissances européennes sous la houlette des USA, en 1999, a été
la sanglante illustration que cette Europe des banques et des trusts est un
cartel impérialiste qui ne peut se construire que contre les peuples.
Les travailleurs, s'ils s'associaient à la construction d'un empire européen
rival de l'empire américain ou de l'empire asiatique, uvreraient
contre leurs intérêts.
L'émergence d'une union des peuples est inscrite dans l'histoire, la
bourgeoisie répond à cette nécessité démocratique
à sa façon, antidémocratique, étrangère aux
aspirations des peuples, créant une situation lourde de menaces et de
dangers.
L'Europe,
nouvelle arène des luttes des travailleurs
Le
monde du travail est la seule force capable d'ouvrir une perspective de progrès,
de paix, de démocratie et de liberté à l'ensemble des peuples
d'Europe.
La bourgeoisie, sous le fouet de la concurrence, a créé l'arène
des combats de classes modernes, celle d'un continent. Mais elle est loin d'y
être en position de force, car dans le même temps que l'Europe de
la Banque centrale européenne et des Bourses affaiblit les pouvoirs de
chaque État national, elle n'a pu réussir encore à se doter
de l'État européen qui lui serait nécessaire pour mener
sa guerre contre les travailleurs.
Les contradictions qui minent l'économie capitaliste à l'échelle
européenne sont les mêmes qu'à l'échelle mondiale,
avec le caractère plus aigu que lui donne l'évolution récente
de la construction européenne, une concentration sans précédent
du capital, de la richesse sociale, entre les mains d'une poignée toujours
plus restreinte de financiers. Elles préparent inéluctablement
des crises sociales et politiques d'une ampleur inégalée.
L'avenir dépend de la capacité du mouvement ouvrier à ouvrir
la perspective de l'unification des luttes ouvrières à l'échelle
de l'Europe, unification rendue possible par les transformations économiques
déjà réalisées, mais qui ne peut devenir effective
que sur la base d'une politique de classe, qui remette radicalement en cause
la propriété privée capitaliste, fondement de la domination
bourgeoise, de ses États.
Non
à la constitution pour une Europe libérale et impérialiste
Oui, à
une Europe des travailleurs et des peuples
L'agitation
que provoque le débat sur la constitution ici comme dans l'ensemble des
pays de l'Europe peut contribuer à cette prise de conscience des salariés
et des classes populaires de leurs intérêts communs, par delà
les frontières, face aux multinationales et à leurs Etats.
Elle peut aussi contribuer, face aux rivalités qui opposent ces Etats
et aux volontés d'hégémonie de la France et de l'Allemagne,
à la prise de conscience qu'une véritable Europe ne peut pas se
construire bureaucratique ment, par en haut mais bien des initiatives et des
volontés démocratiques des populations.
Une Europe sociale ne peut pas naître de la politique des classes dirigeantes
qui n'ont qu'une obsession, faire diminuer le coût du travail pour augmenter
la rentabilité du capital.
Une Europe démocratique ne peut pas naître de la volonté
de ceux qui défendent les privilèges d'une minorité ainsi
que les privilèges nationaux des puissances dominantes.
Une Europe de la paix ne peut naître de la volonté politique de
ceux qui ne rêvent que de protéger leurs zones d'influence ou d'en
acquérir de nouvelles, qui voient l'Europe comme un moyen de faire face
à la concurrence des USA du Japon ou de la Chine pour leurs seuls intérêts
privés au mépris de ceux des populations.
Une Europe sociale, démocratique et pacifiste ne peut naître que
de la volonté consciente des classes populaires d'établir des
relations d'entraide et de coopération pour assurer leur bien être,
le développement de la démocratie et de la culture en accord avec
les peuples du monde entier.
Elle naîtra d'une transformation révolutionnaire par l'intervention
directe des peuples pour écrire une nouvelle page de l'histoire de l'Europe.
A l'Europe des guerres coloniales et des deux guerres impérialistes mondiales,
elle substituera une Europe facteur de paix et de progrès pour le monde
entier.
Socialisme
ou barbarie, l'actualité de la perspective révolutionnaire
Les
apologistes du nouveau libéralisme impérialiste n'ont pas de meilleur
faire-valoir de leur " liberté " et de leur " démocratie
" au nom desquels ils produisent de quoi à détruire la planète
tout entière, que d'invoquer les crimes et horreurs du XXe siècle.
Ils les résument en une même condamnation morale du fascisme et
du communisme. Pour mieux en escamoter les causes fondamentales, la folie de
la société de classes, ils mêlent dans la même condamnation
morale le bourreau et sa victime, la réaction et la révolution,
confondant dans une même peur le communisme et le stalinisme
Voilà les agents du mal désignés, le bien, c'est la liberté
et la démocratie de l'économie de marché. Ils prétendent
combattre les monstruosités du totalitarisme à l'aide du totalitarisme
de quelques formules manichéennes. Contre les forces du mal, ils mobilisent
les forces régénératrices du marché. Mais leur liberté
est d'abord et avant tout la liberté d'exploiter, d'opprimer et de piller
la planète, leur démocratie, au mieux un théâtre
d'ombre, jeux du cirque parlementaire dont la population est spectatrice.
Ces idéologues du néolibéralisme sont eux-mêmes dupes
de leurs propres incantations sans même comprendre que le danger du totalitarisme
qu'ils croient conjurer a été enfanté par les forces que
ces aveugles imaginent comme des forces de progrès. Leur liberté,
leur démocratie ne sont que des slogans publicitaires pour vendre le
totalitarisme de la finance et du marché. Ces slogans simplistes ne trouvent
leur force de conviction que dans l'abdication de toute pensée critique
sous la pression des médias, propriété des quelques mains
bien visibles qui dirigent et manipulent le marché.
Si le XXIe siècle doit assurer l'avènement des forces de progrès,
de paix, de liberté, et de démocratie, il devra enlever le pouvoir
aux forces sociales qui ont engendré les crimes du XXe. Et le terrible
enseignement de ce siècle passé, que l'immense majorité
des intellectuels et autres faiseurs d'opinion dans leur soif de compromis essaient
d'oublier, c'est qu'il n'y a pas de troisième voie. L'immense concentration
des richesses, des instruments de pouvoir et de domination entre les mains de
la classe capitaliste ne laisse pas d'autre issue que le socialisme ou la réaction.
La croissance de la " nouvelle économie " ne se fait qu'au
prix d'une dégradation constante des conditions d'existence des travailleurs
et des peuples, conséquence directe de la lutte du Capital contre le
Travail. Cette croissance exige pour se maintenir un approvisionnement toujours
plus grand en énergie, c'est-à-dire en nouveaux profits, qu'elle
consomme et brûle immédiatement. Cette énergie, c'est le
travail humain et les richesses naturelles. Elle en dévore toujours plus,
au prix d'une aggravation constante de l'exploitation et c'est toute la société
qu'elle tire en arrière.
Il n'y a pas de croissance neutre, il n'y a pas de loi de l'économie
au-dessus des rapports entre les classes. L'économie est bien au contraire
l'arène où se déroule une impitoyable lutte de chaque instant
pour l'appropriation des fruits du travail.
La logique de la croissance, c'est une concentration toujours plus grande du
pouvoir économique et politique qui se soumet toute la vie sociale, économique,
scientifique, culturelle, artistique ou des loisirs. Les travailleurs sont non
seulement dépossédés des fruits de leur travail mais aussi
de la culture dont les richesses qu'ils produisent permet le développement.
Toute la société est dépossédée d'elle-même,
aliénée aux appétits grandissants et dévorants de
l'oligarchie financière.
Les acquis du passé sont engloutis dans cette vertigineuse course à
la concentration des pouvoirs, même les vieux cadres juridiques bourgeois,
la petite propriété privée et les États sont bousculés
par le développement des multinationales dont la concurrence se déroule
à l'échelle de la planète et qui cherchent à se
construire des assises au niveau de continents entiers. Tous les anciens équilibres
juridiques, étatiques, sociaux, comme les rapports de force entre les
puissances et les nations sont déstabilisés par cette bataille
économique dont la planète est l'enjeu.
La précarité est la règle. Il n'y a plus de stabilité
possible et il n'y a plus de sécurité possible, pas plus pour
les vieilles nations que pour les jeunes, nées des luttes de libération
nationale après la Deuxième guerre mondiale. Pour l'immense majorité
des laissés pour-compte de cette curée généralisée
pour le profit, la sécurité et l'équilibre, c'est le défi
à ce monde fou, c'est la lutte en permanence pour défendre ses
droits de citoyen, son droit au bien-être, cette vieille idée de
la révolution bourgeoise du XVIIIe siècle, le droit au bonheur.
La révolution des techniques et de la communication a pour contrepartie
inévitable une révolution sociale et politique qu'elle rend indispensable
et possible.
À défaut, la folie de la concurrence capitaliste entraînerait
le monde dans le chaos des crises réactionnaires, des violences et des
guerres dont les engrenages plongeraient l'ensemble de l'humanité dans
une barbarie dont l'horreur serait proportionnelle au développement des
techniques et des sciences mises au service de l'avidité, de la cupidité
capitalistes sans limites et sans freins.
Cette folie inhérente au système lui-même rentre constamment
en conflit avec la réalité de l'organisation sociale de la production
et des échanges, avec les besoins collectifs des hommes. Les peuples
n'ont pas oublié les drames du passé pas plus qu'ils n'oublient
leur souffrance quotidienne et leurs causes. Ils ne laisseront pas les mêmes
enchaînements provoquer de nouveaux drames.
Les expériences et les leçons du passé que bien des intellectuels
cherchent désespérément à oublier, sont inscrites
dans l'histoire des peuples, leur mémoire. Peuvent-elles reprendre vie,
devenir lucidité, actions et luttes au rythme des événements
futurs, des luttes pour la conquête de la démocratie et des fruits
du progrès, au fur et à mesure que les peuples, dans leur nouvelle
marche en avant, affirmeront leur force ?
La bourgeoisie est amenée à remettre en cause et, à échéance
plus ou moins longue, menace de faire disparaître, les éléments
démocratiques que les luttes et la pression du monde du travail avaient
introduits dans la société bourgeoise. Pour maintenir sa domination,
elle pourrait être conduite à faire appel au fascisme ou à
de nouvelles formes de réaction, embrigadant ses propres victimes au
service de son ordre réactionnaire. Une telle hypothèse, pour
qu'elle puisse se réaliser suppose d'abord que ses victimes soient privées
de leur conscience politique, désarmés.
C'est bien cela qui est advenu lorsque, durant le siècle dernier, la
crise de l'impérialisme a entraîné le monde par deux fois
dans une guerre mondiale pour le partage du monde.
L'histoire ne se répète certes pas mais nous avons tout lieu de
penser que si les opprimés laissaient faire, les mêmes causes produiraient
les mêmes effets. Entre socialisme et barbarie, il n'y a pas d'alternative.
La
classe des salariés est porteuse de l'avenir de toute la société
À
en croire les apologistes du libéralisme, les privilèges comme
la concurrence seraient indispensables à la production des richesses,
au progrès !
Le monde à l'envers, perversion qui prétend que ce n'est pas le
travail qui crée les valeurs nouvelles, mais le capital !
Intoxication qui vise à déposséder moralement les travailleurs,
à les priver de la conscience d'eux-mêmes, à les désarmer.
Cette imposture, vivement mise à nu sous l'éclairage des faits,
se retourne contre ses défenseurs intéressés.
Les progrès sociaux ont toujours été le fruit du travail
et des luttes des classes opprimées, non pas venus d'" en haut ",
mais conquis par " en bas ". Depuis la révolution bourgeoise,
qui a elle-même été l'uvre des classes pauvres, c'est
par les luttes de la classe ouvrière qu'ont été arrachés
à la bourgeoisie, tous les éléments de progrès sociaux,
les libertés et les droits démocratiques.
Le mouvement ouvrier, loin de se développer de façon linéaire,
a connu des périodes d'essor suivies de longues périodes de recul.
Chaque étape de son histoire contient en germe l'étape du développement
suivant.
Loin d'avoir épuisé ses possibilités, la classe ouvrière,
aujourd'hui, se trouve confrontée aux mêmes tâches historiques
que par le passé.
La révolution à venir sera l'uvre d'une classe ouvrière
incomparablement plus nombreuse, plus concentrée et plus puissante à
l'échelle internationale du fait de l'industrialisation du monde entier,
une classe moderne, la plus éduquée de par l'évolution
des techniques. Les décennies passées représentent le temps
nécessaire pour que mûrissent les conditions économiques,
sociales et politiques de cette nouvelle révolution dont est grosse la
société.
C'est la bourgeoisie elle-même qui est en train de détruire les
illusions selon lesquelles le capitalisme pouvait permettre le développement
de la société. Ces illusions avaient pu se nourrir dans le passé
du fait que la bourgeoisie assurait bon an mal an aux masses populaires de quelques
pays riches dont la France, des conditions d'existence acceptables ou du moins
qui pouvaient laisser espérer une amélioration. Aujourd'hui, la
perpétuation de sa domination apparaît de plus en plus clairement
comme un fléau pour toute la société : d'un côté,
les richesses sont croissantes, de l'autre, se développe la misère
pour des couches toujours plus nombreuses de la population.
La faillite du capitalisme, son incapacité à assurer les progrès
de la société font naître chez des couches de plus en plus
larges de travailleurs la conscience de la nécessité de se donner
les moyens d'intervenir dans la lutte sociale et politique pour leur propre
compte. Cette transformation se fait encore de façon moléculaire,
mais elle se fait en profondeur, ruinant les illusions tant sur la capacité
de la bourgeoisie à apporter le moindre progrès que sur la neutralité
de ses instruments politiques de domination.
La crise économique et sociale nourrit la crise parlementaire, elles
se conjuguent dans une crise globale, terreau de la montée des idées
réactionnaire et des intégrismes.
La défense et les progrès de la démocratie sont directement
dépendants des avancées du monde du travail.
Derrière
la République présidentielle, la dictature du capital
La
bourgeoisie, quel que soit le gouvernement qui la sert, ne peut diriger la société
démocratiquement : ses intérêts sont en opposition avec
ceux de la majorité de la population. Plus le pouvoir économique
se concentre entre quelques mains, plus le pouvoir politique se concentre aussi.
La réforme du quinquennat, présentée comme une extension
de la démocratie, n'a été qu'une manuvre pour essayer
de faire plébisciter par la population une réforme politicienne
antidémocratique. Il s'agissait d'éviter de nouvelles cohabitations
en favorisant l'élection d'un Président de même couleur
que la majorité parlementaire, pour donner plus de stabilité au
pouvoir exécutif.
Les droits démocratiques comme toutes les libertés sont des conquêtes
des luttes de la classe ouvrière avec lesquelles la bourgeoisie a dû
composer pour les utiliser à son avantage. La façade démocratique
derrière laquelle la bourgeoisie exerce sa domination ne masque pas pour
autant son vrai visage : le mépris social, les préjugés
de classe, le conservatisme, la peur des opprimés. La démocratie
dont la bourgeoisie s'accommode, est limitée par les rapports d'argent
autour desquels est organisée la vie sociale. Le véritable pouvoir
est le pouvoir économique qui met à son service quelque gouvernement
que ce soit, faisant de la démocratie parlementaire un simple leurre.
C'est là, quant au fond, l'explication de la crise politique latente
qui a connu un épisode aigu lors de l'élection présidentielle
de 2002. Le choc du 21 avril exprime la rupture croissante entre les classes
populaires et les partis institutionnels qui prétendent les représenter.
La dictature de l'argent qui privent ceux qui font véritablement marcher
la société de toute participation directe à la vie politique,
laissera la place à une véritable démocratie : celle du
plus grand nombre qui devra se donner les moyens de briser la résistance
des capitalistes.
L'État est au service des riches, des capitalistes, des banquiers avec
sa police, son armée, ses tribunaux et ses prisons. Les travailleurs
ne pourront pas l'utiliser tel quel pour le faire servir à leurs propres
besoins.
La bourgeoisie se proclame la seule classe démocratique, championne des
libertés et de la démocratie. Le Parlement serait l'expression
même de cette vie démocratique alors qu'il n'est qu'un théâtre
d'ombres où les politiciens tentent, de plus en plus difficilement, de
faire croire que les élections peuvent changer quelque chose.
Le pouvoir de la bourgeoisie c'est la domination d'une classe minoritaire et
parasitaire qui, propriétaire des moyens de production, soumet l'ensemble
de la société à ses seuls intérêts. Les décisions
sont prises, non pas au Parlement, mais dans les conseils d'administration des
grandes entreprises et des banques, dans les couloirs des ministères.
Cette démocratie, limitée pour la population, se restreint aussi
pour les bourgeois eux-mêmes du fait que le pouvoir économique
est exercé par quelques groupes financiers. Tant que les salariés
n'auront aucun pouvoir de décision, aussi bien sur leurs lieux de travail
que sur les choix économiques qui conditionnent l'avenir de la société,
la démocratie ne peut être qu'un leurre. Le principal frein à
l'exercice le plus large de la démocratie réside dans le maintien
de la propriété privée. Les droits démocratiques,
c'est le droit d'exercer un contrôle sur la marche de la société,
des entreprises, des banques et de l'État, pour défendre son droit
à l'existence.
L'abolition de la propriété privée capitaliste est la condition
nécessaire à l'existence même de la démocratie.
L'impasse
et la faillite du réformisme
Depuis
qu'à la fin du XIXe siècle, le socialiste Millerand a pour la
première fois participé à un gouvernement bourgeois, et
que Bernstein a fait la théorie du réformisme - l'idée
que le capitalisme était capable de dépasser ses contradictions
et que le rôle des Partis socialistes était d'aider à cette
évolution en participant au gouvernement à la tête de l'État
de la bourgeoisie -, la politique réformiste, qu'elle soit social-démocrate
ou stalinienne, n'a conduit qu'à des reniements, des trahisons, des crimes
contre la classe ouvrière et les peuples. La platitude des idées
réformistes a pris le visage du lâche soutien à la politique
de la bourgeoisie et à ses pires crimes.
Aider les plus larges masses à s'émanciper des préjugés
réformistes n'est pas une tâche de propagande abstraite mais une
tâche concrète, politique, qui s'appuie sur l'expérience
que font à large échelle les travailleurs du système capitaliste,
de la logique de la société d'exploitation, et de la propriété
privée capitaliste, comme de tous les mensonges qui visent à la
masquer ou à la justifier. C'est tous les jours aussi que les travailleurs
peuvent faire cruellement l'expérience des valeurs morales de la bourgeoisie,
fondées sur l'élitisme, l'individualisme, le mépris du
travail.
Cette tâche est vitale si on ne veut pas que la faillite du réformisme
qui accrédite le préjugé que seule la bourgeoisie est apte
à diriger la société, laisse le terrain aux démagogues
de droite et d'extrême droite, flattant les préjugés réactionnaires
de l'individualisme, du mépris de la collectivité, de l'apologie
de la violence. À ces préjugés, les révolutionnaires
opposent l'esprit de classe, le combat collectif qui fait la force des faibles
et de toutes les classes exploitées.
Les menaces
d'un nouveau populisme de droite et d'extrême droite
Depuis quelques
années en Europe, émerge, à côté de l'ancienne
extrême droite, représentée en France par le Front national,
un nouveau populisme de droite ou d'extrême droite, qui forme des gouvernements
comme en Italie ou y participe, comme en Autriche.
C'est le résultat de la crise de la démocratie parlementaire qui
s'exprime dans la désaffection des couches populaires à l'égard
des partis traditionnels de droite ou de gauche, une usure accélérée
des gouvernements en place, des taux record d'abstention aux élections.
L'alternance, rendue possible par les illusions que pouvaient susciter des équipes
gouvernementales se réclamant de politiques différentes, ne fonctionne
plus. C'est une politique unique qui est menée au pouvoir par tous les
partis, la politique de régression sociale qu'exige l'oligarchie financière.
L'offensive contre le monde du travail est menée avec autant de brutalité
par le gouvernement allemand, dirigé par le social-libéral Schröder
que par le gouvernement Chirac-Raffarin-Sarkozy.
C'est d'ailleurs, également, le règne de la pensée unique,
rentabilité, compétitivité, économie de marché.
Le Front national avait effectué sa percée dans les couches populaires,
au début des années 80, en spéculant sur le mécontentement
qu'y suscitait la politique anti-ouvrière menée par les partis
de gauche au nom des idées socialistes et communistes. Le nouveau populisme
de droite et d'extrême droite, prenant appui sur l'effacement des clivages
gauche-droite, avec la conversion de la social-démocratie au social-libéralisme,
prétend s'élever au-dessus des clivages de classe pour faire accepter
à la population la politique de l'oligarchie financière.
Sa démagogie, comme celle de l'extrême droite classique, se nourrit
de tout ce qui a été semé par la politique réactionnaire
des gouvernements, la lutte contre l'immigration, le tout sécuritaire,
la hargne anti-ouvrière, le retour à la religion.
La menace est d'autant plus sérieuse que la politique des bourgeoisies
s'accommode de moins en moins de la démocratie réelle. Il est
significatif que l'offensive des patronats et des gouvernements sur le plan
social s'accompagne d'attaques contre les droits démocratiques : renforcement
des appareils policiers et de l'arsenal de lois répressives au nom de
la lutte anti-terroriste ou du tout sécuritaire, limitation du droit
de grève, " sanctions " contre les chômeurs ou ceux qui
" abuseraient " de la Sécu
Mais la bourgeoisie, surtout
si la crise s'aggrave, peut aller plus loin, jusqu'à l'étouffement
de toutes les libertés démocratiques et le choix de solutions
fascistes.
Le mouvement ouvrier luttera d'autant plus efficacement contre ce danger qu'il
sera capable d'arracher les couches populaires à l'influence de ces démagogues
populistes qu'il sera en mesure de les entraîner dans la lutte pour un
plan d'urgence sociale et démocratique, qu'il avancera ses propres solutions,
une perspective révolutionnaire. Il favorisera pour cela l'unité
la plus large, mais combattra toute forme de front républicain qui le
mettrait à la remorque des partis qui ont fait le lit de l'extrême
droite par leur politique hostile aux intérêts de la population.
Le Pen en deuxième position à l'élection présidentielle
de 2002, c'est le résultat de la politique menée pendant 20 ans
par le social-libéralisme. Mais le Front républicain prôné
par les partis de gauche au deuxième tour a donné à Chirac
les moyens d'un populisme, encore marqué par la cohabitation, dont s'affranchit
aujourd'hui Sarkozy pour postuler à représenter un populisme brutal,
qui concurrence l'extrême droite, à moins qu'il ne s'apprête
à gouverner avec elle ou ses dissidences.
Défense
de la laïcité, lutte contre l'obscurantisme religieux et tous les
intégrismes
Lors du débat
qui a précédé l'adoption du projet de traité constitutionnel
par les chefs de gouvernement européens, l'offensive de la Papauté
visant à affirmer " l'héritage chrétien " de
l'Europe a été enrayée de justesse. Mais il est clair que
la remise en cause de la laïcité des institutions publiques est
une préoccupation constante des forces réactionnaires. Elle a
déjà largement été remise en cause non seulement
par le statut de l'Alsace et Moselle, mais aussi et surtout par l'aide apporté
par l'Etat aux écoles privées.
Comme l'indique Marx, " Le véritable bonheur du peuple exige
que la religion soit supprimée en tant que bonheur illusoire du peuple.
Exiger qu'il soit renoncé aux illusions concernant notre propre situation,
c'est exiger qu'il soit renoncé a une situation qui a besoin d'illusions.
La critique de la religion est donc, en germe, la critique de cette vallée
de larmes, dont la religion est l'auréole. ". La " question
sociale " est ainsi le soubassement de " la question religieuse
".
La lutte contre
la " situation qui a besoin d'illusions " est la voie pour
conquérir une liberté fondamentale La lutte contre l'obscurantisme
religieux ne peut se décréter, elle se mène à travers
la lutte concrète des masses pour leur émancipation, pour transformer
leurs conditions d'existence, à travers la lutte de classe qui entraîne
à l'action consciente pour le bonheur sur terre, et non pas au ciel.
Ceci dit, la liberté de culte et d'expression religieuse, au plan privé
comme au plan public, est un droit démocratique qu'un gouvernement et
un état, instrument d'émancipation des classes opprimés,
garantirait.
La séparation des Églises et des États telle qu'elle a
été conçue dans le cadre de la démocratie bourgeoise
est un compromis. Face aux classes réactionnaires le mouvement ouvrier
la défend comme un acquis démocratique fondamental mais il ne
saurait sacrifier au mythe de la neutralité de l'État, et en particulier
à celle de son école. Un gouvernement issu des luttes des salariés,
expression de leurs intérêts garantirait l'indépendance
de l'éducation des religions en créant un service public unique
et laïc d'éducation. Il encouragerait le développement d'une
conscience émancipée des préjugés religieux tant
par les méthodes d'enseignement que par son contenu
La démocratie des opprimés pour laquelle nous militons uvre
à l'émergence d'une nouvelle conscience libérée
des préjugés et de l'obscurantisme religieux, une nouvelle lucidité
de travailleuses et de travailleurs prenant sans crainte leur destin en main.
Le
progrès social, c'est le progrès des droits démocratiques
pour toute la population laborieuse
Si la nécessité
du communisme est contenue dans le développement même du capitalisme
et de ses contradictions, l'avènement d'une société nouvelle
ne peut résulter d'une simple évolution linéaire, économique,
pacifique vers une organisation consciente de l'économie. Au contraire,
la logique des rapports de classe tend vers l'aggravation des contradictions
du système.
Aujourd'hui, les conditions objectives d'une transformation révolutionnaire
existent comme jamais dans le passé.
La bourgeoisie est une classe de plus en plus minoritaire et parasitaire. En
1936, c'était " 200 familles " qui détenaient les leviers
du pouvoir économique, l'évolution économique a restreint
le nombre des possédants qui sont de plus en plus riches mais de plus
en plus minoritaires. Leur rôle dans l'économie est infime. Ils
ne jouent plus aucun rôle actif, se contentant de faire fructifier leurs
capitaux sous la protection de l'État. Le parasitisme des classes dominantes,
du capital financier, est sans limites et s'exprime de façon particulièrement
cynique dans les opérations et spéculations financières,
à travers lesquels les grands capitalistes se battent pour s'approprier
les richesses produites faisant de l'économie un gigantesque casino.
L'oligarchie financière délègue ses responsabilités
à toutes sortes de managers, qui constituent une sorte de " bourgeoisie
salariée " sans stabilité ni avenir.
La petite bourgeoisie se rapproche, de par ses conditions d'existence de la
condition des salariés. Elle est prolétarisée et n'a plus
guère d'espoir de grimper les échelons de l'ascension sociale.
La perte de ses illusions l'éloigne du préjugé selon lequel
ses intérêts seraient du côté des possédants
et contribue à éliminer bien des obstacles au plus large rassemblement
de toute la population travailleuse derrière la classe ouvrière
contre la minorité qui détient les rênes du pouvoir, tant
économique que politique.
Après une longue période de recul, sont en train de se créer
les conditions d'un renouveau du mouvement ouvrier. Le poids de la classe ouvrière
dans la société est de plus en plus important malgré la
mise à l'écart de la production de tous ceux qui sont privés
d'emploi. Jamais dans toute son histoire, la classe ouvrière n'a eu autant
de force. Le développement économique de ces dernières
décennies, loin de voir disparaître la classe ouvrière,
comme le prétendaient des sociologues bien souvent de gauche, l'a renforcée
et cela à l'échelle mondiale. Toute la marche de la société
dépend d'elle. Du pilote de ligne à la production assistée
par ordinateur, ou au travail sur les chaînes de production, des millions
d'hommes et de femmes salariés, concentrent entre leurs mains toutes
les compétences techniques, scientifiques, intellectuelles.
Parce qu'elle est concentrée dans les usines, la classe ouvrière
manie tous les jours les moyens techniques les plus modernes que la bourgeoisie,
malgré son incurie, est obligée de développer. Elle a l'habitude
de se poser les problèmes collectivement, d'agir dans un cadre commun
pour prendre les initiatives sans lesquelles la production ne pourrait se faire.
Qualités qu'elle saura utiliser pour son propre compte, sa propre émancipation.
Les classes privilégiées affichant leur irresponsabilité
sociale laissent à l'État le souci d'assurer, de plus en plus
mal, le fonctionnement de ce qui dans la société est utile à
la collectivité. Elles ne dirigent pas leur propre organisation économique,
elles sont dirigées par la logique du profit. Dans les faits, la bourgeoisie
prouve quotidiennement qu'elle est une classe incapable de diriger, que son
rôle est un frein pour toute la société.
La classe ouvrière pour en finir avec cette incurie ne pourra se contenter
de mettre en place son propre gouvernement, même sous le contrôle
des masses, même émanation directe de ces masses, de comités
de travailleurs élus dans les entreprises, les bureaux ou les quartiers.
Elle devra démanteler, désorganiser l'appareil d'État de
la bourgeoisie, le " briser " selon l'expression de Marx et mettre
en place son propre appareil d'État, comme l'ont fait les ouvriers parisiens
de la Commune en 1871 et les travailleurs russes en 1917.
Largement majoritaires, les classes populaires garantiront l'ensemble des droits
démocratiques dont le suffrage universel élargi à tous
ceux qui vivent et travaillent sur le territoire national. Le principe de la
proportionnelle sera étendu à toutes les élections, le
pluripartisme garanti et encouragé.
Le nouveau pouvoir démocratique et révolutionnaire mettra à
la disposition des classes populaires les plus larges moyens matériels
pour se réunir, s'organiser, s'informer, se regrouper en partis ou associations,
faire connaître leurs idées ou propositions
La démocratie sera développée bien au delà des droits
bourgeois même les plus avancés. Elle sollicitera l'accès
de tous aux tâches étatiques. L'Etat sera, dans son fonctionnement
même, démocratique, composé de gens du peuple et non de
hauts fonctionnaires inamovibles comme dans l'État bourgeois. Ceux qui
le composeront seront éligibles et révocables à tout moment
et leur salaire sera celui d'un travailleur. La classe ouvrière est riche
d'hommes et de femmes dévoués, altruistes, désintéressés
; ils rempliront les tâches utiles à tous dans l'intérêt
du plus grand nombre.
Tout ce qui paraît insoluble dans la société actuelle, trouvera
ses solutions par la discussion, la confrontation, la mise en commun des expériences
et du savoir faire.
Pas de droit
au contrôle, de démocratie sans luttes et organisation
Pour en finir avec
les méfaits du capitalisme, pour imposer une autre répartition
des richesses, pour que la fragile croissance actuelle ne signifie pas pour
le monde du travail l'aggravation des inégalités sociales, il
est nécessaire que l'ensemble de la population impose son contrôle
démocratique sur l'économie comme sur la marche de la société.
La question des salaires, de la lutte contre le chômage et la précarité
ne peut être posée sur le seul plan syndical. L'ensemble des revendications
du monde du travail conteste la politique de la bourgeoisie et ne peut trouver
de réponses satisfaisantes sans que soit affirmé le droit de la
population à exercer son contrôle.
Sans ce contrôle, chaque acquis est contesté, remis en cause par
la logique même des rapports capitalistes. Ce sont ces rapports de domination
et d'exploitation qu'il s'agit donc de contester.
Les droits démocratiques ne peuvent simplement s'octroyer, ils se conquièrent
par en bas.
La rupture révolutionnaire
avec le capitalisme, c'est la démocratie la plus large et la plus directe
au service de la collectivité
Dans la société
bourgeoise, l'État emploie des fonctionnaires qui sont des membres de
la classe ouvrière contraints de se plier aux directives qui leur sont
données par leurs supérieurs hiérarchiques et surtout à
la logique de la société bourgeoise. L'État bourgeois lui-même,
est contraint d'assumer certaines tâches au service de l'ensemble de la
population. La révolution, en brisant les rapports de domination bourgeois,
mettra l'administration, les services de statistiques et de recensement, les
moyens de communication et d'information, à la portée du plus
grand nombre. Dans le même temps qu'elle démantèlera la
machine étatique bourgeoise, elle réutilisera tout ce qui, en
son sein, peut être utile à la collectivité, en l'intégrant
dans le contrôle démocratique de tous dont elle en fera un des
instruments.
La révolution est l'acte démocratique et autoritaire par lequel
les travailleurs s'emparent du pouvoir politique afin de transformer les rapports
de production fondés sur la propriété privée en
rapports fondés sur la propriété collective.
Au droit bourgeois fondé sur la propriété privée
se substitue un nouveau droit fondé sur la propriété collective
et sociale des moyens de productions.
Le développement
des dernières décennies a mûri les bases matérielles
pour l'émergence d'une société communiste
Pour les apologistes
du capitalisme, ce qu'il est convenu d'appeler " la chute du communisme
", c'est-à-dire la restauration de la propriété privée
dans l'ex-URSS, aurait ruiné le rêve d'une organisation économique
et sociale plus humaine et plus rationnelle que l'économie de marché.
Ils oublient que le capitalisme apparaît aujourd'hui comme un système
social sans perspectives progressistes qui engendre la misère et la violence.
Ils ne comprennent pas que les idées du communisme ne sont nullement
une utopie ou un rêve. Elles expriment la nécessité de libérer
le travail humain de la propriété privée bourgeoise qui
le paralyse et l'entrave, qui crée l'anarchie dans la production comme
dans la répartition des richesses. C'est la propriété privée
bourgeoise qui empêche le formidable développement des techniques,
des moyens de production, des moyens de communication et de transport, d'être
pleinement au service des hommes et qui aboutit à la concentration de
la richesse à un pôle, de la misère à l'autre.
La production est de plus en plus sociale. Elle ne peut exister que par la coopération
la plus grande des hommes et des femmes qui créent les richesses. Pour
que cette coopération donne sa pleine mesure, il faut mettre fin à
la propriété des classes riches possédant les moyens de
production, les capitaux, s'appropriant ainsi les fruits du travail humain.
Le communisme, c'est la libération de l'ensemble des forces créatrices
du carcan de la propriété privée, c'est-à-dire l'expression
générale des conditions actuelles de la lutte des classes.
Pour
une société sans classe et sans État
Les communistes
ne se battent pas pour en finir seulement avec l'oppression capitaliste. Ils
pensent que de l'évolution historique résulte la possibilité
d'en finir avec toute forme d'oppression, donc, avec la division de la société
en classes et avec l'État. La classe ouvrière, en détruisant
la propriété bourgeoise et en abolissant le salariat, créera
les conditions de l'avènement d'une société sans classes
et sans État.
Car l'État de la classe ouvrière sera simplifié à
l'extrême dans la mesure où les tâches seront exercées
dans le sens de la collectivité. Simplifié, il sera destiné
à disparaître, à dépérir au fur et à
mesure que la démocratie s'élargira, que chacun s'habituera à
agir en respectant les règles de la vie sociale, utile à lui-même
comme aux autres. Le développement de la production selon un plan discuté
et conscient, permettra de supprimer rapidement les mesures de contrainte et
l'État n'ayant plus de raison d'être, disparaîtra, se fondra
dans la société devenue maîtresse de son destin.
L'administration des hommes par la contrainte cédera la place à
l'administration des choses, selon la formule d'Engels.
La
lutte pour la défense des droits fondamentaux des travailleurs,
des chômeurs, des exclus, des femmes et des jeunes
L'offensive
que la bourgeoisie et son Etat avaient engagée contre le monde du travail,
dès le début des années 1980 et le premier septennat de
Mitterrand, pour faire remonter le taux de profit, a connu ces dernières
années une accélération brutale.
Pendant la période de la cohabitation, Jospin et Chirac avaient affirmé
publiquement leur accord pour faire de l'Europe " l'économie de
la connaissance la plus compétitive du monde " lors du sommet de
Lisbonne en mars 2000, puis, à Barcelone en décembre 2001, allonger